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CAP IMMO
Bilan, financement et fiscalité

Bilan promoteur : méthode, postes, ratios et exemple chiffré complet

Le bilan promoteur est la pièce maîtresse d'une opération : il dit combien on peut payer le terrain, ce que la banque financera et ce qu'il restera à la fin. Voici comment le construire poste par poste, avec des ordres de grandeur, un exemple chiffré complet, les trois versions qu'il traverse et ce que la banque y cherche.

Par Sacha Clermont · mis à jour le 3 octobre 2026 · 10 min de lecture

Dans ce guide

En bref

Le bilan promoteur est le tableau prévisionnel qui met en regard le chiffre d'affaires hors taxes attendu de la vente des lots et le prix de revient complet de l'opération immobilière ; la différence est la marge du promoteur. Il sert à fixer le prix maximum du terrain, à obtenir le crédit et la garantie financière d'achèvement, puis à piloter l'opération jusqu'à sa clôture.

Qu'est-ce qu'un bilan promoteur ?

Le bilan promoteur, ou bilan prévisionnel d'opération, se lit de haut en bas : les recettes de la vente des logements, parkings et éventuels commerces, puis toutes les dépenses de l'opération, du terrain aux frais de gestion, et enfin la marge. Il se tient hors taxes, opération par opération, le plus souvent dans une SCCV.

Il sert trois fois : avant la promesse, pour décider d'acheter un terrain et à quel prix ; au montage, pour obtenir le crédit promoteur et la garantie financière d'achèvement ; pendant l'opération, pour savoir si la marge tient.

Comment faire un bilan promoteur, en sept étapes

  1. Fixer le programme : logements, surface de plancher (SDP), surface habitable (SHAB) vendable, parkings.
  2. Chiffrer les recettes : une grille de prix TTC lot par lot, appuyée sur des ventes comparables, convertie en HT.
  3. Chiffrer le foncier : terrain, frais d'acquisition, taxes d'urbanisme, raccordements.
  4. Chiffrer la construction : travaux au m² de SDP, puis sur devis et marchés, plus une provision pour aléas.
  5. Ajouter honoraires et frais : maîtrise d'œuvre, assurances, commercialisation, gestion.
  6. Calculer les frais financiers sur l'encours réel du crédit, mois par mois.
  7. Lire la marge en % du chiffre d'affaires et du prix de revient, puis la tester.

Le simulateur de bilan promoteur refait ce calcul en ligne ; le modèle de bilan promoteur Excel est gratuit.

Les postes d'un bilan promoteur et leurs ordres de grandeur

Les pourcentages ci-dessous sont des ordres de grandeur indicatifs pour des logements collectifs vendus en VEFA, en part du chiffre d'affaires HT. Ils servent à repérer une ligne anormale, pas à remplir un bilan : le foncier d'une métropole tendue et celui d'une ville moyenne n'ont rien à voir.

PosteCe qu'il contientOrdre de grandeur indicatif
Chiffre d'affairesVentes HT des logements, parkings, commerces100 %
Foncier et fraisTerrain, frais de notaire et droits, démolition éventuelle12 à 25 %
Taxes et participationsTaxe d'aménagement, archéologie préventive, raccordements1 à 3 %
Travaux et aléasConstruction, VRD, espaces extérieurs, provision pour aléas45 à 58 %
Honoraires techniquesMaîtrise d'œuvre, bureaux d'études, contrôle technique, SPS4 à 7 %
AssurancesDommages-ouvrage, tous risques chantier, constructeur non réalisateur1 à 2,5 %
CommercialisationAgences, publicité, bureau de vente3 à 6 %
Frais financiersIntérêts et frais du crédit, garantie d'achèvement2 à 5 %
Gestion et structureMontage et gestion, comptabilité, frais de société2 à 6 %
Marge netteChiffre d'affaires moins tout ce qui précède8 à 12 % visés

Les honoraires techniques se calculent sur les travaux, souvent 8 à 13 % de leur montant, pas sur le chiffre d'affaires. La taxe d'aménagement est la ligne la plus souvent sous-estimée : voir la taxe d'aménagement du promoteur. La provision pour aléas doit avoir sa ligne, sans quoi le premier avenant entame la marge. L'assiette de chaque poste est détaillée dans le guide du prix de revient d'une opération immobilière.

Un exemple de bilan promoteur chiffré

Exemple fictif, signalé comme tel : un immeuble de vingt-quatre logements, 1 800 m² de surface de plancher et 1 620 m² habitables (90 % de la SDP). Les logements se vendent en moyenne 4 500 € TTC par m² habitable, en TVA à 20 %. Le crédit promoteur autorisé est de 1 800 000 €, tiré en moyenne à hauteur de 1 100 000 € sur dix-huit mois, au taux de 5 % l'an.

PosteCalculMontant HT% du CA
Chiffre d'affaires1 620 m² × 4 500 € = 7 290 000 € TTC, ÷ 1,206 075 000 €100 %
Foncier et fraisTerrain 1 050 000 € + frais 30 000 €1 080 000 €17,8 %
Taxes et participationsEstimation avant permis120 000 €2,0 %
Travaux1 800 m² SDP × 1 750 €3 150 000 €51,9 %
Aléas3 % des travaux94 500 €1,6 %
Honoraires techniques10 % des travaux315 000 €5,2 %
Assurances2 % des travaux63 000 €1,0 %
Commercialisation4 % du prix TTC, selon le mandat291 600 €4,8 %
Frais financiersIntérêts 82 500 € + engagement 18 000 € + garantie d'achèvement 72 900 €173 400 €2,9 %
Marge bruteAvant frais de structure787 500 €13,0 %
Gestion et structure3 % du CA HT182 250 €3,0 %
Marge netteCA − prix de revient de 5 469 750 €605 250 €10,0 %

Les intérêts valent 1 100 000 € × 5 % × 18 / 12 ; l'engagement, 1 % du crédit autorisé ; la garantie d'achèvement est prise ici à 1 % du chiffre d'affaires TTC. Le prix de revient ressort à environ 3 039 € HT par m² de SDP et 3 376 € HT par m² habitable, les chiffres qui permettent de comparer l'opération à d'autres.

La même opération sous tension

Le tableau reprend l'exemple en ne changeant qu'une hypothèse à la fois, les lignes proportionnelles suivant le mouvement :

ScénarioMarge nette% du CA
Hypothèses de départ605 250 €10,0 %
Prix de vente − 5 %328 838 €5,7 %
Travaux + 5 %424 125 €7,0 %
Six mois de retard, encours de 1 400 000 € à 5 %570 250 €9,4 %

Cinq points de prix font perdre près de la moitié de la marge : c'est pourquoi la banque demande d'où viennent les prix, et pourquoi la grille de prix se construit sur des ventes réelles, voir l'étude de marché DVF.

Le compte à rebours foncier, avec un exemple

Avant d'acheter, le promoteur part du prix de vente que le marché accepte et remonte jusqu'au prix qu'il peut payer le terrain. C'est le compte à rebours : charge foncière admissible = chiffre d'affaires HT − toutes les autres dépenses − marge visée.

Exemple illustratif, pour une opération de 6 millions d'euros HT de ventes et une marge visée de 10 % :

LigneMontant HT
Chiffre d'affaires des ventes6 000 000 €
Travaux− 3 000 000 €
Honoraires techniques− 300 000 €
Assurances− 90 000 €
Frais commerciaux− 240 000 €
Frais financiers− 180 000 €
Frais de structure− 300 000 €
Marge visée (10 % du CA)− 600 000 €
Charge foncière admissible, frais compris1 290 000 €

Ces ordres de grandeur ne valent que pour l'exemple : chaque opération a ses coûts. Mais la logique ne change pas. Si le vendeur du terrain demande plus, il faut soit vendre plus cher, soit construire moins cher, soit accepter moins de marge. Le guide de la charge foncière détaille ce calcul.

Bilan d'acquisition, bilan de lancement, bilan actualisé

Une opération tient une suite de bilans de plus en plus précis :

VersionMomentD'où viennent les chiffres
Bilan d'acquisition, ou de faisabilitéAvant la promesse de vente du terrainRatios au m², prix de marché, compte à rebours
Bilan de lancement, ou de montagePermis obtenu, avant le crédit et les travauxGrille arrêtée, réservations, devis et marchés
Bilan actualiséPendant l'opération, au moins chaque trimestreVentes signées, marchés et avenants, engagé et payé
Bilan de clôtureAprès la livraison et la levée des réservesMontants définitifs, rapprochés des comptes

Le bilan d'acquisition s'appuie sur l'étude de faisabilité et garde de la marge pour les inconnues. Le bilan de lancement est celui du comité de crédit. Le bilan actualisé est le seul qui dise la vérité en cours de route : chaque vente signée remplace un prix de grille, chaque marché une estimation, et chaque poste distingue budget, engagé et payé.

Marge brute, marge nette, en % du CA ou du prix de revient

La marge brute se calcule avant les frais de structure, la marge nette après, avant impôt. Le vocabulaire n'étant pas normalisé, vérifiez quelles lignes sont au-dessus du trait. Dans l'exemple, 605 250 € de marge nette font 10,0 % du chiffre d'affaires HT et 11,1 % du prix de revient (605 250 ÷ 5 469 750) ; taux sur prix de revient = taux sur CA ÷ (1 − taux sur CA). L'usage dominant est le % du CA, avec une marge nette souvent visée entre 8 et 12 %. Voir le guide de la marge du promoteur.

Les marchés de travaux d'un programme dans CAP IMMO, reliés au bilan

HT, TTC et TVA dans le bilan

Le bilan se tient hors taxes : la société collecte la TVA sur ses ventes et déduit celle de ses dépenses. Le prix TTC se convertit une seule fois, ligne par ligne si plusieurs taux coexistent, par exemple en TVA à 5,5 % en zone ANRU. Deux confusions reviennent. Un terrain acheté sans TVA n'ouvre pas une TVA sur marge sur les logements : la VEFA d'un logement neuf est taxée sur le prix total, la TVA sur marge concerne la revente de terrains à bâtir. Et la TVA, neutre sur la marge, pèse sur la trésorerie, avancée bien avant les premiers appels de fonds. Voir la TVA en promotion immobilière.

Les frais financiers se calculent sur l'encours

Les intérêts courent sur l'encours réellement tiré, mois par mois, jusqu'à ce que les appels de fonds VEFA remboursent le crédit. Le calcul juste suppose un plan de trésorerie relié au bilan : taux × encours moyen × durée, plus commissions et garantie. Un forfait en % du chiffre d'affaires ignore les retards, qui sont justement ce qui fait grimper la ligne.

Ce que la banque regarde dans un bilan promoteur

Les exigences varient d'une banque et d'un dossier à l'autre ; ce sont des repères de pratique, pas des seuils réglementaires.

  • La marge : assez haute pour absorber les aléas, pas au point de faire douter des prix de vente.
  • La pré-commercialisation : la part des lots réservés avant le démarrage, souvent demandée entre 30 et 50 %. Voir le guide de la pré-commercialisation.
  • Les fonds propres : de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient HT, souvent davantage pour un premier dossier. Dans l'exemple, 15 % représentent environ 820 000 €. Voir les fonds propres du promoteur.
  • La justification des chiffres et la cohérence avec la trésorerie, dont le point bas doit être couvert.

Les questions de comité : d'où viennent vos prix ? Les travaux sont-ils sur marchés ou sur ratio ? Quelle provision pour aléas ? Que devient la marge si les prix baissent de 5 % ? Quels lots sont réservés, et à quel prix ?

Les erreurs courantes dans un bilan promoteur

  • Mélanger HT et TTC : la marge gonfle de toute la TVA.
  • Confondre SHAB et SDP : voir surface de plancher et surface habitable.
  • Forfaitiser les frais financiers au lieu de les calculer sur l'encours.
  • Se tromper d'assiette : commercialisation sur le HT quand le mandat dit TTC.
  • Oublier les aléas, ou laisser circuler plusieurs versions du fichier.

Toutes flattent la marge, c'est pour cela qu'elles survivent : le guide des erreurs du bilan promoteur Excel les chiffre une par une.

Le bilan et les autres documents de l'opération

Le bilan se nourrit de la grille de prix et des marchés de travaux. Il alimente le plan de trésorerie, qui lui rend les frais financiers. Il est la pièce centrale du dossier de financement, et prépare la comptabilité de la SCCV, résultat à l'avancement compris. Quand ces documents vivent dans des fichiers séparés, la première erreur de report les fait diverger.

Le bilan promoteur dans CAP IMMO

  • Le chiffre d'affaires retenu au bilan s'établit sur les ventes signées et les lots invendus de la grille : une vente signée le met à jour.
  • Les travaux suivent les marchés signés et leurs avenants, et les situations reçues montrent l'avancement financier.
  • Les frais financiers sont calculés sur l'encours réel du plan de trésorerie, qui tient aussi le compte de TVA de l'opération.
  • Chaque poste se détaille en lignes modifiables ; un bilan Excel existant s'importe et se range poste par poste, et le dossier de financement pour la banque se génère en un geste.

Questions fréquentes

Comment faire un bilan promoteur ?

On part du programme et d'une grille de prix convertie en HT, puis on chiffre le foncier, les taxes, les travaux et leurs aléas, les honoraires, les assurances, la commercialisation, les frais financiers et la gestion. La différence est la marge, qu'on lit en % du chiffre d'affaires et qu'on teste face à une baisse de prix.

Quelle marge dans un bilan promoteur ?

Elle se mesure le plus souvent en pourcentage du chiffre d'affaires HT. Pour des logements vendus en VEFA, la marge nette visée se situe souvent entre 8 et 12 %, selon le risque de l'opération et les exigences de la banque. Ce sont des repères de marché, pas une norme.

Le bilan promoteur se fait-il en HT ou en TTC ?

En HT. La TVA collectée sur les ventes est reversée et la TVA payée sur les dépenses est récupérée : seuls les montants hors taxes disent ce que gagne l'opération. Le prix affiché à l'acquéreur, lui, est TTC.

Quelle différence entre bilan promoteur et compte à rebours ?

C'est le même tableau lu dans deux sens. Le compte à rebours part du prix de vente et de la marge visée pour trouver le prix maximum du terrain ; le bilan part de tous les coûts connus pour trouver la marge.

Quelle part du chiffre d'affaires pour le foncier ?

À titre indicatif, le foncier frais compris représente souvent entre 12 et 25 % du chiffre d'affaires HT d'une opération de logements, davantage dans les marchés les plus tendus. Le bon chiffre n'est pas un ratio : c'est la charge foncière admissible issue du compte à rebours de votre opération.

Que regarde la banque dans un bilan promoteur ?

La marge, la pré-commercialisation, souvent attendue entre 30 et 50 % des lots, les fonds propres, de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient, et la justification des prix et des coûts.

Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Notre méthode · Profil LinkedIn

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