Dans ce guide
En bref
Le bilan promoteur est le tableau prévisionnel qui met en regard le chiffre d'affaires hors taxes attendu de la vente des lots et le prix de revient complet de l'opération immobilière ; la différence est la marge du promoteur. Il sert à fixer le prix maximum du terrain, à obtenir le crédit et la garantie financière d'achèvement, puis à piloter l'opération jusqu'à sa clôture.
Qu'est-ce qu'un bilan promoteur ?
Le bilan promoteur, ou bilan prévisionnel d'opération, se lit de haut en bas : les recettes de la vente des logements, parkings et éventuels commerces, puis toutes les dépenses de l'opération, du terrain aux frais de gestion, et enfin la marge. Il se tient hors taxes, opération par opération, le plus souvent dans une SCCV.
Il sert trois fois : avant la promesse, pour décider d'acheter un terrain et à quel prix ; au montage, pour obtenir le crédit promoteur et la garantie financière d'achèvement ; pendant l'opération, pour savoir si la marge tient.
Comment faire un bilan promoteur, en sept étapes
- Fixer le programme : logements, surface de plancher (SDP), surface habitable (SHAB) vendable, parkings.
- Chiffrer les recettes : une grille de prix TTC lot par lot, appuyée sur des ventes comparables, convertie en HT.
- Chiffrer le foncier : terrain, frais d'acquisition, taxes d'urbanisme, raccordements.
- Chiffrer la construction : travaux au m² de SDP, puis sur devis et marchés, plus une provision pour aléas.
- Ajouter honoraires et frais : maîtrise d'œuvre, assurances, commercialisation, gestion.
- Calculer les frais financiers sur l'encours réel du crédit, mois par mois.
- Lire la marge en % du chiffre d'affaires et du prix de revient, puis la tester.
Le simulateur de bilan promoteur refait ce calcul en ligne ; le modèle de bilan promoteur Excel est gratuit.
Les postes d'un bilan promoteur et leurs ordres de grandeur
Les pourcentages ci-dessous sont des ordres de grandeur indicatifs pour des logements collectifs vendus en VEFA, en part du chiffre d'affaires HT. Ils servent à repérer une ligne anormale, pas à remplir un bilan : le foncier d'une métropole tendue et celui d'une ville moyenne n'ont rien à voir.
| Poste | Ce qu'il contient | Ordre de grandeur indicatif |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | Ventes HT des logements, parkings, commerces | 100 % |
| Foncier et frais | Terrain, frais de notaire et droits, démolition éventuelle | 12 à 25 % |
| Taxes et participations | Taxe d'aménagement, archéologie préventive, raccordements | 1 à 3 % |
| Travaux et aléas | Construction, VRD, espaces extérieurs, provision pour aléas | 45 à 58 % |
| Honoraires techniques | Maîtrise d'œuvre, bureaux d'études, contrôle technique, SPS | 4 à 7 % |
| Assurances | Dommages-ouvrage, tous risques chantier, constructeur non réalisateur | 1 à 2,5 % |
| Commercialisation | Agences, publicité, bureau de vente | 3 à 6 % |
| Frais financiers | Intérêts et frais du crédit, garantie d'achèvement | 2 à 5 % |
| Gestion et structure | Montage et gestion, comptabilité, frais de société | 2 à 6 % |
| Marge nette | Chiffre d'affaires moins tout ce qui précède | 8 à 12 % visés |
Les honoraires techniques se calculent sur les travaux, souvent 8 à 13 % de leur montant, pas sur le chiffre d'affaires. La taxe d'aménagement est la ligne la plus souvent sous-estimée : voir la taxe d'aménagement du promoteur. La provision pour aléas doit avoir sa ligne, sans quoi le premier avenant entame la marge. L'assiette de chaque poste est détaillée dans le guide du prix de revient d'une opération immobilière.
Un exemple de bilan promoteur chiffré
Exemple fictif, signalé comme tel : un immeuble de vingt-quatre logements, 1 800 m² de surface de plancher et 1 620 m² habitables (90 % de la SDP). Les logements se vendent en moyenne 4 500 € TTC par m² habitable, en TVA à 20 %. Le crédit promoteur autorisé est de 1 800 000 €, tiré en moyenne à hauteur de 1 100 000 € sur dix-huit mois, au taux de 5 % l'an.
| Poste | Calcul | Montant HT | % du CA |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 1 620 m² × 4 500 € = 7 290 000 € TTC, ÷ 1,20 | 6 075 000 € | 100 % |
| Foncier et frais | Terrain 1 050 000 € + frais 30 000 € | 1 080 000 € | 17,8 % |
| Taxes et participations | Estimation avant permis | 120 000 € | 2,0 % |
| Travaux | 1 800 m² SDP × 1 750 € | 3 150 000 € | 51,9 % |
| Aléas | 3 % des travaux | 94 500 € | 1,6 % |
| Honoraires techniques | 10 % des travaux | 315 000 € | 5,2 % |
| Assurances | 2 % des travaux | 63 000 € | 1,0 % |
| Commercialisation | 4 % du prix TTC, selon le mandat | 291 600 € | 4,8 % |
| Frais financiers | Intérêts 82 500 € + engagement 18 000 € + garantie d'achèvement 72 900 € | 173 400 € | 2,9 % |
| Marge brute | Avant frais de structure | 787 500 € | 13,0 % |
| Gestion et structure | 3 % du CA HT | 182 250 € | 3,0 % |
| Marge nette | CA − prix de revient de 5 469 750 € | 605 250 € | 10,0 % |
Les intérêts valent 1 100 000 € × 5 % × 18 / 12 ; l'engagement, 1 % du crédit autorisé ; la garantie d'achèvement est prise ici à 1 % du chiffre d'affaires TTC. Le prix de revient ressort à environ 3 039 € HT par m² de SDP et 3 376 € HT par m² habitable, les chiffres qui permettent de comparer l'opération à d'autres.
La même opération sous tension
Le tableau reprend l'exemple en ne changeant qu'une hypothèse à la fois, les lignes proportionnelles suivant le mouvement :
| Scénario | Marge nette | % du CA |
|---|---|---|
| Hypothèses de départ | 605 250 € | 10,0 % |
| Prix de vente − 5 % | 328 838 € | 5,7 % |
| Travaux + 5 % | 424 125 € | 7,0 % |
| Six mois de retard, encours de 1 400 000 € à 5 % | 570 250 € | 9,4 % |
Cinq points de prix font perdre près de la moitié de la marge : c'est pourquoi la banque demande d'où viennent les prix, et pourquoi la grille de prix se construit sur des ventes réelles, voir l'étude de marché DVF.
Le compte à rebours foncier, avec un exemple
Avant d'acheter, le promoteur part du prix de vente que le marché accepte et remonte jusqu'au prix qu'il peut payer le terrain. C'est le compte à rebours : charge foncière admissible = chiffre d'affaires HT − toutes les autres dépenses − marge visée.
Exemple illustratif, pour une opération de 6 millions d'euros HT de ventes et une marge visée de 10 % :
| Ligne | Montant HT |
|---|---|
| Chiffre d'affaires des ventes | 6 000 000 € |
| Travaux | − 3 000 000 € |
| Honoraires techniques | − 300 000 € |
| Assurances | − 90 000 € |
| Frais commerciaux | − 240 000 € |
| Frais financiers | − 180 000 € |
| Frais de structure | − 300 000 € |
| Marge visée (10 % du CA) | − 600 000 € |
| Charge foncière admissible, frais compris | 1 290 000 € |
Ces ordres de grandeur ne valent que pour l'exemple : chaque opération a ses coûts. Mais la logique ne change pas. Si le vendeur du terrain demande plus, il faut soit vendre plus cher, soit construire moins cher, soit accepter moins de marge. Le guide de la charge foncière détaille ce calcul.
Bilan d'acquisition, bilan de lancement, bilan actualisé
Une opération tient une suite de bilans de plus en plus précis :
| Version | Moment | D'où viennent les chiffres |
|---|---|---|
| Bilan d'acquisition, ou de faisabilité | Avant la promesse de vente du terrain | Ratios au m², prix de marché, compte à rebours |
| Bilan de lancement, ou de montage | Permis obtenu, avant le crédit et les travaux | Grille arrêtée, réservations, devis et marchés |
| Bilan actualisé | Pendant l'opération, au moins chaque trimestre | Ventes signées, marchés et avenants, engagé et payé |
| Bilan de clôture | Après la livraison et la levée des réserves | Montants définitifs, rapprochés des comptes |
Le bilan d'acquisition s'appuie sur l'étude de faisabilité et garde de la marge pour les inconnues. Le bilan de lancement est celui du comité de crédit. Le bilan actualisé est le seul qui dise la vérité en cours de route : chaque vente signée remplace un prix de grille, chaque marché une estimation, et chaque poste distingue budget, engagé et payé.
Marge brute, marge nette, en % du CA ou du prix de revient
La marge brute se calcule avant les frais de structure, la marge nette après, avant impôt. Le vocabulaire n'étant pas normalisé, vérifiez quelles lignes sont au-dessus du trait. Dans l'exemple, 605 250 € de marge nette font 10,0 % du chiffre d'affaires HT et 11,1 % du prix de revient (605 250 ÷ 5 469 750) ; taux sur prix de revient = taux sur CA ÷ (1 − taux sur CA). L'usage dominant est le % du CA, avec une marge nette souvent visée entre 8 et 12 %. Voir le guide de la marge du promoteur.
HT, TTC et TVA dans le bilan
Le bilan se tient hors taxes : la société collecte la TVA sur ses ventes et déduit celle de ses dépenses. Le prix TTC se convertit une seule fois, ligne par ligne si plusieurs taux coexistent, par exemple en TVA à 5,5 % en zone ANRU. Deux confusions reviennent. Un terrain acheté sans TVA n'ouvre pas une TVA sur marge sur les logements : la VEFA d'un logement neuf est taxée sur le prix total, la TVA sur marge concerne la revente de terrains à bâtir. Et la TVA, neutre sur la marge, pèse sur la trésorerie, avancée bien avant les premiers appels de fonds. Voir la TVA en promotion immobilière.
Les frais financiers se calculent sur l'encours
Les intérêts courent sur l'encours réellement tiré, mois par mois, jusqu'à ce que les appels de fonds VEFA remboursent le crédit. Le calcul juste suppose un plan de trésorerie relié au bilan : taux × encours moyen × durée, plus commissions et garantie. Un forfait en % du chiffre d'affaires ignore les retards, qui sont justement ce qui fait grimper la ligne.
Ce que la banque regarde dans un bilan promoteur
Les exigences varient d'une banque et d'un dossier à l'autre ; ce sont des repères de pratique, pas des seuils réglementaires.
- La marge : assez haute pour absorber les aléas, pas au point de faire douter des prix de vente.
- La pré-commercialisation : la part des lots réservés avant le démarrage, souvent demandée entre 30 et 50 %. Voir le guide de la pré-commercialisation.
- Les fonds propres : de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient HT, souvent davantage pour un premier dossier. Dans l'exemple, 15 % représentent environ 820 000 €. Voir les fonds propres du promoteur.
- La justification des chiffres et la cohérence avec la trésorerie, dont le point bas doit être couvert.
Les questions de comité : d'où viennent vos prix ? Les travaux sont-ils sur marchés ou sur ratio ? Quelle provision pour aléas ? Que devient la marge si les prix baissent de 5 % ? Quels lots sont réservés, et à quel prix ?
Les erreurs courantes dans un bilan promoteur
- Mélanger HT et TTC : la marge gonfle de toute la TVA.
- Confondre SHAB et SDP : voir surface de plancher et surface habitable.
- Forfaitiser les frais financiers au lieu de les calculer sur l'encours.
- Se tromper d'assiette : commercialisation sur le HT quand le mandat dit TTC.
- Oublier les aléas, ou laisser circuler plusieurs versions du fichier.
Toutes flattent la marge, c'est pour cela qu'elles survivent : le guide des erreurs du bilan promoteur Excel les chiffre une par une.
Le bilan et les autres documents de l'opération
Le bilan se nourrit de la grille de prix et des marchés de travaux. Il alimente le plan de trésorerie, qui lui rend les frais financiers. Il est la pièce centrale du dossier de financement, et prépare la comptabilité de la SCCV, résultat à l'avancement compris. Quand ces documents vivent dans des fichiers séparés, la première erreur de report les fait diverger.
Le bilan promoteur dans CAP IMMO
- Le chiffre d'affaires retenu au bilan s'établit sur les ventes signées et les lots invendus de la grille : une vente signée le met à jour.
- Les travaux suivent les marchés signés et leurs avenants, et les situations reçues montrent l'avancement financier.
- Les frais financiers sont calculés sur l'encours réel du plan de trésorerie, qui tient aussi le compte de TVA de l'opération.
- Chaque poste se détaille en lignes modifiables ; un bilan Excel existant s'importe et se range poste par poste, et le dossier de financement pour la banque se génère en un geste.
Questions fréquentes
Comment faire un bilan promoteur ?
On part du programme et d'une grille de prix convertie en HT, puis on chiffre le foncier, les taxes, les travaux et leurs aléas, les honoraires, les assurances, la commercialisation, les frais financiers et la gestion. La différence est la marge, qu'on lit en % du chiffre d'affaires et qu'on teste face à une baisse de prix.
Quelle marge dans un bilan promoteur ?
Elle se mesure le plus souvent en pourcentage du chiffre d'affaires HT. Pour des logements vendus en VEFA, la marge nette visée se situe souvent entre 8 et 12 %, selon le risque de l'opération et les exigences de la banque. Ce sont des repères de marché, pas une norme.
Le bilan promoteur se fait-il en HT ou en TTC ?
En HT. La TVA collectée sur les ventes est reversée et la TVA payée sur les dépenses est récupérée : seuls les montants hors taxes disent ce que gagne l'opération. Le prix affiché à l'acquéreur, lui, est TTC.
Quelle différence entre bilan promoteur et compte à rebours ?
C'est le même tableau lu dans deux sens. Le compte à rebours part du prix de vente et de la marge visée pour trouver le prix maximum du terrain ; le bilan part de tous les coûts connus pour trouver la marge.
Quelle part du chiffre d'affaires pour le foncier ?
À titre indicatif, le foncier frais compris représente souvent entre 12 et 25 % du chiffre d'affaires HT d'une opération de logements, davantage dans les marchés les plus tendus. Le bon chiffre n'est pas un ratio : c'est la charge foncière admissible issue du compte à rebours de votre opération.
Que regarde la banque dans un bilan promoteur ?
La marge, la pré-commercialisation, souvent attendue entre 30 et 50 % des lots, les fonds propres, de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient, et la justification des prix et des coûts.
Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Notre méthode · Profil LinkedIn
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Le voir sur une vraie opération
CAP IMMO est le logiciel pour promoteur immobilier qui relie le bilan, les ventes VEFA, les appels de fonds, la trésorerie et le chantier. Sa démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription : quatre programmes fictifs, un par phase, avec leurs bilans, leurs ventes et leurs chantiers.