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Assurance tous risques chantier : ce que la TRC couvre pour un promoteur

Un incendie sur le gros œuvre, une tempête qui arrache une charpente, un vol de menuiseries posées la veille : pendant le chantier, l'ouvrage peut être endommagé avant même d'exister. Ni la dommages-ouvrage ni la responsabilité civile ne couvrent ces dommages-là. C'est le rôle de l'assurance tous risques chantier, facultative mais rarement absente. Voici ce qu'elle couvre, ce qui la distingue des autres assurances du promoteur, quand la prendre et ce qu'elle coûte.

Par Sacha Clermont · mis à jour le 3 octobre 2026 · 8 min de lecture

Dans ce guide

En bref

L'assurance tous risques chantier (TRC) couvre les dommages matériels subis par l'ouvrage en cours de construction, jusqu'à la réception : incendie, tempête, effondrement, vol, vandalisme, selon le contrat. Elle est facultative, contrairement à la dommages-ouvrage, qui préfinance les désordres de nature décennale après la réception, et ne couvre pas les dommages causés aux tiers, qui relèvent de la responsabilité civile. Souscrite pour le compte de tous les intervenants, elle évite que le chantier s'arrête le temps d'établir les responsabilités.

Ce que couvre la TRC

La TRC est une assurance de choses : elle indemnise les dommages matériels subis par l'ouvrage pendant les travaux, quelle qu'en soit la cause, sauf exclusions du contrat. Elle ne cherche pas d'abord un responsable ; elle paie la reconstruction, puis l'assureur exerce ses recours s'il y a lieu.

Couvert le plus souventSouvent en optionSouvent exclu
Incendie, explosion, foudreDommages aux existants, en rénovation ou en surélévationUsure, défauts d'aspect sans dommage matériel
Tempête, grêle, poids de la neige, inondationFrais supplémentaires pour accélérer la reconstructionMatériel et engins de chantier des entreprises
Effondrement, affaissement en cours de travauxPertes financières liées au retardPénalités de retard, amendes
Vol et vandalisme sur l'ouvrage et les matériaux incorporésPériode de maintenance après la réceptionReprise du seul défaut d'exécution, sans dommage qui en résulte
Frais de déblai et de démolition après sinistreHonoraires de maîtrise d'œuvre pour la reconstructionDommages causés aux tiers

Ce tableau donne la structure habituelle du marché, pas le contenu d'un contrat. Chaque police définit ses garanties, ses exclusions, ses plafonds et ses franchises : on les compare ligne par ligne, pas sur l'intitulé.

Pourquoi un promoteur la prend, alors qu'elle n'est pas obligatoire

Le code civil met en principe la perte de l'ouvrage avant réception à la charge de l'entrepreneur qui fournit la matière (article 1788). Sur le papier, le maître d'ouvrage n'aurait donc rien à craindre. En pratique, l'argument ne tient pas longtemps :

  • dans un incendie, plusieurs lots sont touchés, et la cause est souvent inconnue ou discutée : chaque entreprise renvoie vers une autre, et les assureurs de chacune avec elles ;
  • une entreprise peut être insuffisamment assurée, ou disparaître avant d'avoir réparé ;
  • pendant que les responsabilités se discutent, le chantier s'arrête, et c'est l'opération qui paie le retard : intérêts du crédit, retard de livraison envers les acquéreurs, garantie qui court.

La TRC est en général souscrite par le maître d'ouvrage pour son compte et pour celui de tous les intervenants. Un seul assureur indemnise, sans attendre l'issue d'un débat sur les fautes. C'est ce qui permet de reprendre le chantier en semaines plutôt qu'en mois. Les banques, qui financent un ouvrage dont la valeur sert de garantie, la demandent parfois ; il faut le vérifier dans l'offre de crédit promoteur.

TRC, dommages-ouvrage, CNR et responsabilité civile

Les quatre assurances du promoteur se confondent souvent, parce que les assureurs les proposent ensemble. Elles couvrent pourtant des risques différents, à des moments différents.

AssuranceStatutPériodeCe qu'elle couvre
Tous risques chantier (TRC)FacultativeDe l'ouverture du chantier à la réception, parfois une période de maintenance aprèsLes dommages matériels à l'ouvrage en cours de travaux
Dommages-ouvrage (DO)Obligatoire (code des assurances, article L242-1)En principe d'un an à dix ans après la réceptionLe préfinancement des réparations des dommages de nature décennale
Constructeur non réalisateur (CNR)Obligatoire (code des assurances, article L241-2)Dix ans après la réceptionLa responsabilité décennale du promoteur, lorsqu'elle est recherchée
Responsabilité civile du maître d'ouvrageFacultativePendant les travauxLes dommages causés aux tiers : voisins, passants, réseaux

La dommages-ouvrage intervient avant la réception dans un seul cas : lorsque le marché d'une entreprise est résilié pour inexécution, après une mise en demeure restée infructueuse, et seulement pour des dommages de nature décennale (code des assurances, article L242-1). Un incendie en cours de chantier n'entre pas dans ce cadre. Les garanties de la construction, parfait achèvement, biennale et décennale, courent toutes à partir de la réception : avant elle, c'est la TRC qui protège l'ouvrage.

La responsabilité civile couvre l'autre versant : un mur voisin fissuré par les terrassements, une grue qui endommage une toiture mitoyenne. Le propriétaire voisin peut agir contre le maître d'ouvrage sur le fondement du trouble anormal de voisinage, désormais inscrit à l'article 1253 du code civil, sans avoir à prouver une faute. La TRC ne paie pas ces dommages ; certains contrats les regroupent avec elle dans une même police.

Quand la souscrire, et pour quelle durée

  • Consulter tôt, en même temps que la dommages-ouvrage : beaucoup d'assureurs proposent une police unique de chantier qui réunit DO, CNR et TRC, et le prix de l'ensemble se négocie mieux qu'élément par élément.
  • Prendre effet à l'ouverture du chantier, démolition et terrassement compris : les premiers mois concentrent les risques d'affaissement et d'atteinte aux existants.
  • Courir jusqu'à la réception, avec une prolongation prévue si le planning glisse. Une période de maintenance après la réception, quand elle est proposée, couvre les dommages causés par les entreprises qui reviennent lever les réserves.
  • Annoncer la TRC dans les marchés : les entreprises doivent savoir qu'elles sont assurées pour compte, avec quelle franchise à leur charge en cas de sinistre de leur fait. Certains maîtres d'ouvrage répercutent une partie de la prime sur les entreprises par une clause du marché ; cela se prévoit dès l'appel d'offres.

Les chantiers sur existant méritent une attention particulière. En surélévation ou en réhabilitation, l'immeuble existant peut être endommagé par les travaux neufs : l'option « existants » et son plafond sont alors la vraie question du contrat.

Ce que coûte une TRC

Il n'existe pas de tarif public de référence. La prime dépend du montant des travaux, de la nature du chantier, du site, de la durée, des options et de la franchise choisie. Les ordres de grandeur avancés par les courtiers se situent en général nettement en dessous de ceux de la dommages-ouvrage, que le site évalue, d'après des comparateurs spécialisés, de 1,2 à 2,5 % du coût de construction. Pour une TRC seule, les montants cités se situent le plus souvent sous 1 % du coût des travaux, avec une prime minimale ; seul un devis sur le projet réel fait foi.

Deux points font varier la facture plus que le taux :

  • La franchise. Un vol de quelques milliers d'euros sous une franchise de 5 000 € ne sera pas indemnisé. Une franchise basse coûte plus cher, mais elle sert sur les petits sinistres fréquents.
  • L'assiette. Montant des travaux hors taxes ou toutes taxes, honoraires compris ou non, révisé en fin de chantier : la prime provisoire est souvent régularisée sur le coût définitif, avenants compris.

Prudence

Les garanties, exclusions et prix d'une TRC sont purement contractuels : aucun texte n'en fixe le contenu. Les ordres de grandeur de ce guide servent à vérifier qu'un devis n'est pas hors de proportion, pas à budgéter. Faites comparer les polices par un courtier, sur la même assiette, la même franchise et les mêmes options.

Un exemple chiffré

Exemple fictif. Une opération de 18 logements, 2 400 000 € HT de travaux. Le courtier obtient une TRC à 0,4 % du montant des travaux, soit 9 600 €, avec une franchise de 5 000 € par sinistre. Au septième mois, un incendie parti d'une zone de stockage détruit une partie de la charpente et des menuiseries posées : 180 000 € de dommages, cause indéterminée.

PosteAvec TRCSans TRC
Reconstruction des ouvrages détruits5 000 € de franchise180 000 € avancés par l'opération, à récupérer par des recours
Délai avant reprise des travauxQuelques semaines, le temps de l'expertisePlusieurs mois si les entreprises et leurs assureurs contestent
Intérêts sur deux mois de retard, encours de 1 400 000 € à 5 %11 667 €11 667 € au minimum

Le calcul des intérêts est simple : 1 400 000 × 5 % × 2 / 12 = 11 667 €. Ce montant n'est pas couvert par une TRC de base : seule une option de pertes financières, quand elle existe, pourrait le prendre en charge. La prime de 9 600 € ne rend donc pas le sinistre gratuit ; elle évite que l'opération avance 180 000 € et attende un jugement pour les récupérer, au moment où sa trésorerie est la plus tendue.

Où la TRC se loge dans le bilan

La TRC rejoint la dommages-ouvrage et la CNR dans le poste assurances du bilan promoteur, souvent exprimé en pourcentage du coût des travaux. Au montage, un pourcentage global suffit ; dès les devis reçus, il se remplace par les primes réelles. Dans le plan de trésorerie, la prime se paie au démarrage du chantier, avec une régularisation éventuelle après la réception.

Les assurances de chantier dans le logiciel CAP IMMO

Dans CAP IMMO, logiciel de pilotage pour promoteurs, les assurances de construction forment une ligne du bilan, estimée au montage puis remplacée par les factures réellement reçues : une facture de dommages-ouvrage, de CNR ou de tous risques chantier est reconnue et rattachée à ce poste. Le plan de trésorerie la place à sa date. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription.

Questions fréquentes

L'assurance tous risques chantier est-elle obligatoire ?

Non. Aucun texte n'impose la TRC, contrairement à la dommages-ouvrage et à l'assurance de responsabilité décennale du constructeur non réalisateur. Elle est pourtant fréquente en promotion, et certaines banques la demandent dans leurs conditions de financement.

Quelle différence entre la TRC et la dommages-ouvrage ?

La TRC couvre les dommages matériels subis par l'ouvrage pendant les travaux, jusqu'à la réception. La dommages-ouvrage, obligatoire, préfinance après la réception la réparation des désordres de nature décennale. Elles se succèdent dans le temps et ne se remplacent pas.

La TRC couvre-t-elle les dommages aux voisins ?

Non, en principe : les dommages causés aux tiers relèvent de la responsabilité civile du maître d'ouvrage et des entreprises. Certains assureurs regroupent les deux dans une même police, ce qu'il faut vérifier dans les conditions particulières.

Combien coûte une assurance tous risques chantier ?

Il n'existe pas de tarif public. Les montants cités par les courtiers se situent le plus souvent sous 1 % du coût des travaux, avec une prime minimale, nettement moins que la dommages-ouvrage. La franchise et les options, existants ou pertes financières, font varier la prime plus que le taux de base.

Qui souscrit la TRC sur une opération de promotion ?

En général le maître d'ouvrage, c'est-à-dire la société de programme, pour son compte et pour celui de tous les intervenants. Les entreprises en sont informées dans leurs marchés, avec la franchise à leur charge en cas de sinistre de leur fait.

Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Notre méthode · Profil LinkedIn

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